Un plateau dépouillé, un piétinement de jambes nues, une lumière rasante, une musique orientale envoûtante, cela suffit pour que la magie opère immédiatement.

Créée en avril 2018 dans un quartier populaire de Casablanca et donné à voir en avant-première au public de Montpellier danse la même année, Danser Casa est une production inhabituelle, signée à quatre mains pour une troupe éphémère de huit jeunes interprètes marocain.e.s, sept hommes et une femme, pour la plupart autodidactes. Ce spectacle est un véritable manifeste pour une transversalité humaine et culturelle, consacré au dynamisme de la ville marocaine, d’une grande sensibilité.

Kader Attou et Mourad Merzouki ont débuté leur carrière ensemble, à la fin des années 80 en créant la compagnie Accrorap qui fût l’une des premières à faire émerger un répertoire hip-hop. À présent bien ancrés sur la scène nationale et internationale, très appréciés à Montpellier, chacun dirigent un Centre Chorégraphique ; Mourad Merzouki à Créteil et Kader Attou à la Rochelle.
Pour Danser Casa, ils avaient de nouveau envie de se lancer dans un projet commun, pour transmettre leur expérience et mettre en lumière le talent des jeunes danseur.se.s marocain.e.s.

Composé de tableaux variés, Danser Casa nous fait voyager sur l’autre rive de la Méditerranée et nous raconte la tension de la ville marocaine, entre une violence qui domine les rapports sociaux, et un amour puissant pudique tout en retenu. Par des chorégraphies haletantes, les interprètes réinventent par la danse – leur monde – flamboyant, joyeux, créatif. L’humanité s’y retrouve, contradictoire et complexe, livrée à une pulsion de vie communicative et entêtante.

Le choix de la musique est terriblement efficace, on reconnait bien là la veine créatrice singulière de ces deux chorégraphes, passant de sonorités arabisantes à des mélodies électroniques, pour un voyage envoûtant et onirique.

Attou et Merzouki signent un ballet puissant, bouillonnant, qui abolit subtilement les frontières entre les arts du cirque, les arts martiaux, la danse contemporaine, le popping, le hip-hop,… et c’est une énergie de vie qui nous parvient, l’émotion de la jeunesse marocaine, heureuse de danser, imprégnée de l’effervescence de Casablanca. On notera l’impressionnante vitalité de Stella Keys, seule danseuse de la troupe.

Virtuose et émouvant, à visionner sans plus attendre.